Amours impossibles, amours codés

Un professeur d’anglais et poète, une femme lettrée et mariée, des échanges épistolaires codés pour que leurs sentiments restent secrets. A la fin du 19e siècle, entre Lille et Douai, Auguste Angellier et Thérèse Fontaine ont vécu une étonnante histoire d’amour.

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Sa statue trône dans un square lillois. Une rue porte son nom tout comme le département d’anglais de l’Université. Auguste Angellier a été le premier professeur de langue et de littérature anglaises de la faculté des Lettres de Lille, dès 1887, avant d’en être son doyen entre 1897 et 1900. Egalement poète reconnu, il a notamment publié un recueil de vers intitulé « A l’Amie Perdue ».

Ces sonnets évoquent sa relation impossible avec Thérèse Fontaine, femme élégante et lettrée. Ils s’avouent leur affection en 1882. Mais la dame est mariée et mère de deux enfants. Et même si elle quitte le domicile conjugal en 1883 pour retourner chez ses parents, leur amour reste secret.

A la fin du 19e siècle, divorcer, surtout pour une femme, c’est être mis au ban de la société et de l’Eglise. Thérèse Fontaine souhaite aussi préserver ses enfants. Alors Auguste Angellier et Thérèse Fontaine se rencontrent dans la plus grande discrétion, en Belgique, sur la côte d’Opale, à Paris ou en Normandie.

Déchiffrées 100 ans après

Ces escapades clandestines ont été révélées lors du décodage de leur correspondance. Car l’amour entre le poète et sa belle a donné lieu à de très nombreuses missives durant une vingtaine d’années. Par précaution, à partir de 1885, Auguste Angellier et Thérèse Fontaine définissent un code pour correspondre. Chaque lettre d’un mot est remplacé par un signe. Le « c » est représenté par un trait, le « i » par un point ou le « s » prend la forme d’un égal.

Deux ans plus tard, par extrême prudence et pour  se prémunir des ragots et calomnies, le codage est partiellement modifié. Le changement concerne les voyelles et de nouveaux signes apparaissent pour des sons, permettant également une plus grande rapidité dans l’écriture. Tout ce déchiffrage, c’est Michèle Mouret-Rougier qui l’a effectué cent ans plus tard. A la demande des familles qui avaient conservé toutes les lettres, elle a traduit des feuilles et des feuilles recouvertes de sortes de hiéroglyphes tracés à la plume.

Sentiments profonds

Elles retracent l’existence de cette femme, bourgeoise provinciale et cultivée, et de cet homme, humaniste et poète de renom. Elles racontent leurs sentiments profonds mais aussi leur quotidien. Ils parlent de préoccupations professionnelles, de voisinage, de soucis de santé, de balades, de nouvelles de leurs familles, de littérature… Thérèse Fontaine a d’ailleurs tout lu des écrits d’Auguste Angellier avant tout autre, endossant l’habit d’égérie, de muse et de critique.

« La lecture de cette correspondance terminée, on peut même penser que l’œuvre du poète n’aurait pu être construite sans l’existence de cette femme, de sa femme » écrit Michèle Mouret-Rougier. Elle a sélectionné des textes de lettres parmi les 1151 envois d’Auguste Angellier et les 1398 de Thérèse Fontaine. Ils sont regroupés dans un ouvrage baptisé « Angellier et l’Amie Perdue » (*).

Sans voyeurisme aucun, ces documents de vie témoignent d’une profonde histoire d’amour empreinte de tendresse et de complicité intellectuelle, à une époque à la fois pas si lointaine et paraissant d’un autre temps. Ces amours impossibles ont pris fin au décès du poète, resté célibataire jusqu’à sa mort, en 1911.

Valérie Pfahl

(*) en consultation à la médiathèque Jean Levy, rue Edouard Delesalle

Qui était Saint Valentin ?

Le patron des amoureux était un prêtre romain, mort décapité… le 14 février. L’histoire remonte à l’Antiquité. Valentin s’est attiré les foudres de l’Empereur Claude II au 3e siècle après Jésus Christ. A cette époque, Rome est engagée dans des guerres sanglantes et impopulaires. L’Empereur, d’ailleurs surnommé Claude le Cruel, interdit le mariage. Il pense que les hommes mariés ne veulent pas devenir soldats par attachement pour leurs femmes et leurs foyers.

Malgré cet ordre, le prêtre Valentin continue de célébrer des unions. Emprisonné, il se prend d’amitié pour la fille de son géôlier . Avant d’être décapité, en 270, il lui adresse une lettre signée « Ton Valentin ». Quelques siècles plus tard, une fois l’Empire Romain déchu, Valentin a été canonisé en l’honneur de son sacrifice pour l’amour. A l’époque, beaucoup des fêtes païennes sont transformées en fêtes religieuses par l’Eglise catholique. La Saint Valentin remplace alors les Lupercales, fêtes de la fertilité et de la fécondité se déroulant le 14 février.



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