L'ouverture de la salle de consommation à moindre risque bloquée

Malgré l’accord du ministère de la Santé et l’engagement de la Ville et de ses partenaires, la salle de consommation à moindre risque ne peut pas ouvrir ses portes comme prévu. Explications.

Martine Aubry explique les raisons du blocage de l'ouverture de la salle de consommation à moindre risque. © TLP

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Tout était prêt pour son ouverture. Deux bâtiments modulaires, installés sur un terrain mis à disposition par le CHU, et une équipe spécialisée de douze personnes devaient accueillir les usagers de la salle de consommation à moindre risque. Mais un courrier du Premier ministre, envoyé à Martine Aubry lundi 25 octobre, a obligé à suspendre le projet. « Il nous demande d’installer cette salle sur la zone Sud de Saint-Sauveur, alors que toute construction y est impossible pour le moment », s’étonne la maire de Lille.

Salubrité et sécurité publiques

Pourtant, le lieu avait trouvé sa place, boulevard de Metz. « Il répondait à toutes les exigences du cahier des charges du ministère de la Santé», affirme Martine Aubry : juste à côté du centre d’addictologie, avec très peu de riverains à proximité, sur un site proche des lieux habituels de consommation de drogue et avec une zone blanche (c’est-à-dire où la détention d’une petite dose de drogue ne peut pas être sanctionnée) très réduite.

« L’implantation de cette salle de consommation à moindre risque respecte à la fois la salubrité publique mais aussi la sécurité publique », rappelle la maire de Lille. Et notamment l'absence de files d’attente de toxicomanes sur le trottoir, les bâtiments ayant été construits derrière un mur, avec la présence permanente d’un agent de sécurité.

Répression mais pas seulement

Par ailleurs, « ces salles ne créent pas la consommation, elle existe déjà ! En revanche, c’est un outil qui permet de réduire les risques infectieux chez les usagers de drogues et assure aussi plus de tranquillité pour les habitants, évitant la consommation dans l’espace public, les parkings, les cages d’escaliers avec des seringues souillées laissées sur place », témoigne Frédéric Brzozowski, directeur du pôle addictologie à la Sauvegarde du Nord, association chargée de la gestion du site (*).

« La lutte contre les trafics de drogues passe d’abord par la répression et la sanction », souligne Martine Aubry, « mais il existe d’autres moyens de lutter contre la drogue, notamment vis-à-vis des consommateurs de drogues dures ».

Proposer du soin

Complémentaire des Caarud (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) et des distributeurs de seringues, la salle de consommation est un maillon supplémentaire pour raccrocher avec les usagers et les inviter à suivre un parcours de soin. « Leur passage à la salle est l’occasion de faire le point sur leur situation personnelle, administrative et médicale », souligne Frédéric Brzozowski.

La Ville travaille donc sur ce projet d’une salle de consommation à moindre risque depuis la promulgation de la loi autorisant l’expérimentation en 2016.
« Malgré l’unanimité sur ce dossier qui remplit toutes les conditions légales, l’ouverture de la salle est désormais suspendue », résume la maire. Elle rappelle sa remise en cause depuis juin dernier lorsque le ministre de l’Intérieur a fait part de sa ferme opposition d’accompagner la consommation de drogue.

(*) projet porté par un collectif associatif de six Caarud (Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) dont l’Abej Solidarité, Aides, le Cédragir, Itinéraires, Spiritek et la Sauvegarde du Nord.

Un bilan positif selon l’Inserm

Les deux salles de consommation à moindre risque créées en France (à Paris et Strasbourg) depuis 2016 ont fait l’objet d’un rapport de l’Inserm en mai 2021, commandé par la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives). Le rapport indique que l’accès à ces structures permet d’améliorer la santé des consommateurs de drogues (baisse des infections au VIH et au virus de l’hépatite C, des complications cutanées dues aux injections et des overdoses) et de diminuer les passages aux urgences, évitant ainsi des coûts médicaux importants. Les injections et le nombre de seringues abandonnées dans l’espace public diminuent. L’évaluation ne met pas en évidence de détérioration de la tranquillité publique liée à l’implantation des salles. En Europe, 80 salles sont réparties dans 9 pays, certaines depuis plus de 30 ans.



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