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Louise de Bettignies, reine des espionnes

Une commémoration pour le centenaire de la disparition de Louise de Bettignies a eu lieu à Lille le 27 septembre. Petite histoire d'une grande résistante.

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Agent secret française, Louise de Bettignies (1880-1918) a espionné pour le compte de l’armée britannique. Avant d’être arrêtée à Lille en 1915, elle a structuré un réseau d’une efficacité redoutable contre l’armée d’occupation allemande.

Louise de Bettignies est née à Saint Amand les Eaux mais c’est de Lille qu’elle exerce son activité d’agent secret durant la Première Guerre mondiale. Dès le début de l’occupation allemande, la jeune fille de bonne famille décide de s’engager dans la résistance et l’espionnage. Après des études en Angleterre, puis à la faculté des lettres de l’Université de Lille, elle obtient des emplois de perceptrice dans des familles titrées d’Europe. Elle maîtrise ainsi plusieurs langues, un atout pour la mission patriotique qui va être la sienne.

Quand Lille est envahie par les Allemands en octobre 1914, Louise de Bettignies s’engage comme infirmière dans un hôpital de la ville où elle soigne les blessés sans distinction. Elle écrit même des lettres en allemand dictées par des ennemis mourants pour leurs familles. La jeune femme alors âgée de 34 ans fait aussi partie des habitants qui traversent les ruines pour apporter munitions et ravitaillement aux soldats français.

Louise devient Alice

Une rencontre avec le major Cameron, officier britannique de renseignement, va changer son destin. Déjà connue pour son efficacité et son courage, Louise de Bettignies accepte de mettre en place un service de renseignements sur Lille. Son frère Henri, curé, lui obtient de faux papiers. Louise, devenue Alice Dubois, habite au 166, rue d’Isly à Lille.

Elle s’initie à l’emploi des codes, à la façon de dresser un plan et d’identifier, sur un simple détail, les unités militaires. Son instructeur la dit intelligente et dotée d’une remarquable intuition. Alice, qui parle quatre langues, crée un réseau d’une centaine de personnes qui travaille pour l’Intelligence Secret Service. Mission principale : repérer les emplacements des troupes allemandes et leurs mouvements dans la région lilloise.

Polyglotte et inventive

Les renseignements qu’Alice Dubois et ses compagnons transmettent aux Alliés s’avèrent primordiaux. Un officier du grand état-major allemand avouera : « cette Louise de Bettignies a fait un tort immense aux armées de l’Empire ».

Même si son activité est connue, Louise Alice s’avère d’une habileté et d’une audace qui lui valent le surnom de « queen of spies ». Grâce à elle et son réseau, le front du Nord devient un cauchemar pour les Allemands qui le surnomment « le front maudit ». Alice dispose d’un tas de combines pour transmettre ses messages. Elle les roule dans l’ourlet de son sac à main, les glisse dans ses cheveux, les coince autour d’une baleine de corset ou dans le creux d’un talon de chaussure. Elle se déguise aussi, tantôt en marchande de fromage, en lingère ou en institutrice.

Avec sa compagne de résistance, Léonie Vanhoutte, elle parcourt des dizaines de kilomètres à pied sur les pavés des Flandres afin de rejoindre la Belgique puis les Pays-Bas restés neutres, d’où ses informations sont transmises aux Britanniques.

Condamnée à mort

C’est en octobre 1915, à Froyennes près de Tournai, qu’elle est arrêtée par les Allemands. Emprisonnée à Bruxelles, torturée pour livrer des informations, elle est condamnée à mort en 1916. Sa peine est commuée en prison à vie. Louise de Bettignies est transférée à la forteresse de Sieburg, près de Cologne où elle retrouve son amie Léonie.

Derrière les barreaux, elle s’oppose à la fabrication de matériel pour les armées ennemies et incite ses compagnes de geôle à la mutinerie. Isolée au cachot, la « reine des espionnes » voit sa santé se dégrader. Elle meurt le 27 septembre 1918. Cette héroïne est enterrée dans le caveau familial à Saint-Amand les Eaux.

Par Valérie Pfahl

 . En savoir plus : « Louise de Bettignies » par Hélène d’Argoeuves, « Louise de Bettignies, résistante lilloise » par René Deruyck, « La guerre sans armes » d’Alain Cancel, consultables à la Bibliothèque Municipale de Lille

Les Archives municipales proposent une rencontre avec Bertin de Bettignies le 18 octobre.

En savoir plus ici

Femmes et résistantes dans le Nord

. L’infirmière Marie-Léonie Vanhoutte (1888-1967) s’engagea dans la Résistance et rencontra Louise de Bettignies. Elle devint son amie et livre des renseignements aux forces alliées.

. Louise Thuliez (1881-1966) fut résistante durant les deux guerres mondiales. Elle a notamment organisé une filière d’évasion vers la Hollande et l’Angleterre en 1914 et 1915.

. Marie-Henriette Moriamé (1881-1918), une religieuse, a recueilli des soldats blessés, notamment grâce à l’aide de la princesse de Croÿ qui ouvrait les portes de son château. Elle a aussi aidé au transport de soldats britanniques pour qu’ils rejoignent l’armée française.

. Edith Cavell, infirmière anglaise (1865-1915) a mis en place en Belgique, un réseau d’évasion dont le nom de passe était « Yorc », du nom de la princesse de Croÿ qui y participait. Malgré la pression internationale, elle fut fusillée par les Allemands en octobre 1915 pour haute trahison.

En savoir plus.



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