"Nous ne sommes pas seules"

Evelyne, persécutée par son mari pendant de nombreuses années, apprend à se reconstruire. Elle témoigne afin de rappeler que des associations sont là pour soutenir les femmes victimes de violences conjugales, qu’elles soient physiques ou psychologiques.

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« Il n’est jamais trop tard pour partir » ! C’est l’un des messages que souhaite faire passer Evelyne (*). Elle a quitté son mari en 2017. Elle avait 54 ans. Elle a tout de suite accepté de témoigner, « pour aider d’autres femmes victimes de violences conjugales à se sortir de là, à se reconstruire, à avancer ». Et surtout, « dites bien que l’on n’est pas seule », insiste-t-elle faisant référence aux associations qui l’ont aidée.

Pour raconter ces 25 années de souffrance, Evelyne a pris des notes. « Ça me fait du bien d’écrire et ça m’évite de m’éparpiller, j’ai tellement d’anecdotes qui me reviennent en tête ». Des anecdotes qui rendent compte des critiques, des remontrances, des dénigrements incessants de la part de celui qu’elle appelle « l’autre ». Sa fille aînée, issue d’une première union, en faisait aussi les frais régulièrement.

Blessures de l’âme

« Les violences psychologiques sont invisibles et plus difficiles à relater », assure la quinquagénaire, « mais elles laissent aussi des traces dans nos corps, dans nos âmes ». Ces violences s’exprimaient dans les propos et les regards, dans les gestes aussi mais jamais portées sur elles.
L’ex-mari d’Evelyne l’a coupée progressivement de sa famille. « J’étais complétement manipulée, sous son emprise ».

Elle n’a pas le droit d’avoir une carte bancaire même si son propre salaire est versé sur le compte commun. De mensonges à répétition en menaces qui lui font de plus en plus peur, Evelyne décide de reprendre sa vie en main. Et notamment après une découverte : « j’ai appris que des mouvements d’argents avaient été effectués par mon ex-conjoint et qu’il m’avait spoliée ».

Écoute et conseils

Elle s’adresse alors au CIDFF (centre d’information des droits des femmes et de la famille) où elle rencontre une juriste. « J’ai eu une très bonne écoute, de très bons conseils et j’ai compris que j’étais victime ». Ce centre l’a aidée durant toute la procédure, pour les documents juridiques. Mais aussi pour la rassurer. Quelques mois plus tard, elle prend sa décision : fuir le domicile conjugal.

Provoquée par un mari qui ne cesse de lui répéter « prends une corde et va te pendre » et gagnée par un désespoir de plus en plus grand, elle dit aujourd’hui : « ce divorce m’a sauvé la vie ».

Le choix de la vie

En plus d’une aide juridique, Evelyne a aussi fait appel à des professionnels de santé et à des groupes de parole pour échanger avec d’autres victimes. « On rit, on pleure, on a mal, on culpabilise, on déculpabilise, on en ressort plus riches et plus forts ». Et, heureusement, « les organismes qui nous soutiennent sont gratuits » ! Elle a aussi pu compter sur le soutien de ses sœurs et de son frère avec lesquels elle a enfin renoué contact.

Désormais, elle n’a plus « cette sensation de gorge qui se serre et de chaleur qui progresse le long de mon corps ». Elle pratique le Qi Gong, elle chante et elle suit des cours d’informatique, autant d’activités que lui interdisait « l’autre ». Seul regret : ses deux autres filles, majeures, lui ont tourné le dos, « sûrement sous l’emprise de leur père ». Elle conclut : « ce deuil est difficile mais j’ai compris qu’elles avaient fait leur choix, et moi je devais faire le mien pour ma santé, pour ma vie »…

Par Valérie Pfahl

(*) À sa demande, le prénom a été modifié.

Retrouvez ici toutes les associations, le guide, le répertoire et les actions mises en place par la Ville de Lille.



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