Opération sauvetage d'un renardeau

C’est une belle histoire comme on aimerait en raconter plus souvent. Des agents de la Ville ont sauvé un renardeau en inspectant une carrière souterraine. Récit.

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Combien de temps ce renardeau est resté dans la carrière souterraine ? On ne le saura jamais mais pour Gaëtan Cheppe, responsable du service « Risques urbains et sanitaires » de la Ville, « Pas de très longtemps, parce qu’il était bien vif. »

Le 23 avril dernier, des agents de ce service inspectent une carrière souterraine située à Hellemmes dans le secteur Pavé du Moulin. A dix mètres sous terre, équipés de lampe frontale, parce qu’on n’y voit rien, ils surveillent la stabilité des galeries. Cet ensemble de souterrains est visité deux fois par an compte tenu de la présence de l’école maternelle Herriot en surface.

Au cours de l’inspection, sur le sol accidenté, jonché de débris de craie, ils découvrent des excréments d’animaux. Trop gros pour être ceux d’un rat, ils pensent à un animal plus grand, sûrement un renard.

Le lendemain, ils redescendent pour lui apporter de la nourriture et tombent nez à nez avec un renardeau. Comme il lui était impossible de remonter seul, il fallait donc mettre en place une opération sauvetage pour le capturer.

Mission capture

Celui-ci aura eu de la chance. Sans action humaine, il était voué à une mort certaine. Un piège est descendu dans la galerie, de la viande hachée est installée à l’intérieur (on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre…) ainsi qu’une lampe pour que le renardeau puisse se repérer.

« Et le lendemain, en redescendant, nous avons vu notre renardeau dans la cage. Il essayait de gratter pour ouvrir le piège et en nous voyant, il s’est tapi dans un coin de la cage, apeuré. Pour le rassurer, nous avons mis un drap sur la cage avant de le remonter à la surface. »

En inspectant les lieux, un trou a été découvert dans le vide sanitaire qui se trouve sous l’école Herriot. La femelle renard y avait fait sa tanière et l’un des renardeaux, en jouant, a fait une chute de plusieurs mètres. Les services techniques d’Hellemmes ont bien évidemment bouché le trou pour éviter à l’avenir la même mésaventure à d’autres renardeaux.

Une fois capturé, il fallait décider quoi faire du jeune renard. « S’il avait été adulte, il suffisait juste de le libérer. Mais comme c’était un bébé, nous avons préféré demander l'avis d'experts de la biodiodiversité », poursuit Gaëtan Cheppe.  

L’animal étant sevré (puisqu’il mangeait de la viande) et n’étant pas blessé, il a été décidé de le libérer à proximité de son lieu de chute, dans les champs près d’un bosquet, en espérant qu’il retrouve les siens.

Le renard à Lille

Quelques goupils ont été aperçus dans le parc de la Citadelle. Surtout, pas d’inquiétude si vous en croisez un ! Le renard ne transmet pas la rage depuis qu’elle a été éradiquée grâce à la vaccination voilà une bonne quinzaine d’années. Il n’attaque pas non plus l’homme et il ne mord pas. L’animal est discret et prudent et reste une espèce sauvage.

La présence du renard dans le parc de la Citadelle et plus généralement en milieu urbain marque le retour de la nature en ville. Les spécialistes de la biodiversité se réjouissent et l’un d’eux, Yohan Tison, écologue municipal, précise : « le renard est important pour l’écosystème car il se nourrit de petits rongeurs parfois en surnombre, comme les souris et les campagnols, ainsi que d’animaux malades. Il a un rôle sanitaire dans la nature ».

Au-delà de la Citadelle, plusieurs goupils ont pu être repérés dans le parc du Héron, à Villeneuve d’Ascq ou encore aux Près du Hem. La chasse et la pose de pièges étant interdits, ils peuvent désormais trouver dans les parcs urbains des zones de tranquillité. Et les corridors de biodiversité aménagés par les collectivités leur permettent de mieux circuler.

Surveillance des carrières souterraines

A la Ville, un service est chargé de la surveillance des carrières souterraines. Il suit de près l'évolution du sous-sol et apporte des conseils pour la réalisation de travaux. Son objectif : que les désordres du dessous n'impactent pas la vie au-dessus.

Plans de carrières en main, l’équipe inspecte les parois de ces labyrinthes à la recherche des fissures et autres fractures. Un diagnostic est ensuite établi pour suivre les évolutions d’une année sur l’autre. Certaines carrières sont stables, dans d’autres, des blocs de craie peuvent se détacher. Quand le risque devient trop important, l’alerte est donnée pour que des travaux soient engagés.

En fonction des enjeux de surface, les carrières sont inspectées plus ou moins fréquemment. Moins d’une fois par an s’il s’agit de champs, chaque année s’il y a des habitations au-dessus et deux fois par an quand il s’agit d’écoles ou de carrières dégradées.

Les agents du service « Risques urbains et sanitaires » de la Ville n’interviennent pas qu’à Lille. Fin 2017, la MEL et la Ville ont décidé de créer un service commun, géré par la Ville pour le suivi, la gestion et la prévention du risque lié aux carrières souterraines. Ce service fournit un appui technique aux maires des 11 communes concernées par ce risque. Il inspecte ainsi 115 hectares de carrières souterraines soit un volume de vide de 4,5 millions de mètres cubes à surveiller.

Endroit hostile mais fascinant

Les carrières souterraines, un milieu hostile mais qui n’en est pas moins fascinant. Ici, il y a 70 millions d’années, une mer subtropicale recouvrait tout. La craie s'est formée par l'accumulation de coquilles et de micro-algues qui se sont déposées sur le fond. Il fallait 1 000 ans pour former 2 à 15 cm de craie que l’homme a ensuite exploitée dès le XVe siècle. Les carriers y extrayaient les blocs de craie qu’ils taillaient sur place avant de les remonter. Ces blocs ont servi à la construction de la Citadelle, de l’Hospice Comtesse et de bien d’autres bâtiments de Lille.

Par Sabine Duez

  • Dans la carrière à 10m sous terre, l'accès n'est pas facile. Dans la glacière, l'appât.
  • Préparation de la cage de capture.
  • De retour le lendemain, le piège a fonctionné !
  • La cage avec le petit goupil est hissée vers la sortie.
  • Le renardeau va être relâché près du lieu où il a été trouvé.
  • Encore un peu de patience !
  • La liberté enfin retrouvée.

 



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