Quelques heures avec des maraudeurs

Ils arpentent les rues de Lille, à la rencontre des sans-abris. Salariés ou bénévoles, ces hommes et femmes d’une vingtaine d’associations apportent la chaleur d’une soupe ou d’un café, d’une veste ou de chaussettes. La chaleur d’un regard, d’une parole, d’une écoute aussi. La Ville s’engage à leurs côtés. Nous avons rencontré le Samu social, les Restos du Cœur et « Sans maille, ça caille ».

"Ça fait du bien de parler", affirme Michel, ici en compagnie d'une équipe de maraudeurs des Restos du Coeur. © Guilhem Fouques
"Ça fait du bien de parler", affirme Michel, ici en compagnie d'une équipe de maraudeurs des Restos du Coeur. © Guilhem Fouques

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9h45

« Ça y est, c’est la fin ». De la fenêtre d’un squat, Fabrice esquisse un sourire. « Tu vas pouvoir rejoindre un studio », lui annonce Caroline, éducatrice spécialisée au Samu social, qui a suivi plusieurs mois cet homme à la rue depuis huit ans. « Les personnes qui vivent longtemps sans abri ont une image d’elles-mêmes dégradées, la création d’un lien de confiance est très important et prend souvent du temps », précise Sylvain, agent technique et de conduite, en binôme ce jour-là avec Caroline. Ils sillonnent les rues de Lille et de la métropole, chargés de l’accompagnement social des sans domicile fixe.

11h

Caroline répond à sa collègue du 115 pour un signalement : une personne sans-abri est couchée dans le centre-ville, provoquant l’inquiétude d’un passant qui a composé le numéro d’urgence. Arrivée sur place, l’équipe constate le départ du SDF. « Nous reviendrons ce soir, nous le trouverons peut-être ». Dès que possible, le Samu social s’assure qu’un suivi est bien mis en place avec le CCAS (centre communal d’action sociale), et que les droits du sans-abri au RSA ou à la CMU (couverture médicale universelle) sont bien ouverts.

19h

Dans les locaux de l’association « Sans maille, ça caille » que leur prête la Ville, Myriam, Caroline et Nicolas, bénévoles, choisissent des pantalons, vestes et autres chaussures qu’ils vont proposer aux sans-abris. « L’hiver, nous apportons aussi beaucoup de couvertures », observe Myriam, à l’origine de cette aventure humaine avec sa sœur Hélène. Elle prépare aussi des croquettes pour chiens.

19h25

Fanny et ses deux camarades du soir ont garé la camionnette des Restos du Cœur sur le parvis d’une église Saint-Sauveur. Quelques habitués attendent un café ou une soupe puis ont le choix entre une salade de poulet ou une terrine.  Pain, fruit et yaourt leur sont aussi proposés. « Chaque jour, nous ramassons dans les hypermarchés partenaires les produits frais tels que fruits, légumes ou yaourts qui arrivent en fin de date de limite de consommation », remarque Bernard, responsable des maraudes.

20h

Le Samu social est attendu par Hadia qui a composé le 115 afin d’avoir une couverture. Victime d’un mari violent, elle s’est enfuie de son domicile et se retrouve à la rue depuis quelques jours. « Nous l’avons informée de l’existence de l’accueil de jour de l’association Solfa où elle peut se poser, être écoutée et orientée », note Caroline, l’éducatrice.

21h45

Les Restos du cœur retrouvent Michel qui a planté sa tente dans un garage inoccupé. Il boit une petite soupe et demande si l’association pourrait lui trouver des chaussures chaudes. Au-delà des produits de première nécessité, il confie spontanément : « ça fait du bien de parler ». « Nous rencontrons chaque soir quelques habitués et nous répondons aussi aux signalements que nous transmet le 115 », souligne Babeth, engagée depuis quatre ans dans les maraudes.

22h30

Le trio de « Sans maille, ça caille » a presque vidé les sacs préparés ce soir-là. « Quand nous n’avons pas la bonne pointure ou la bonne taille, nous la notons pour l’apporter la prochaine fois », note Caroline. « Nous essayons d’aller où d’autres assos ne passent pas forcément et nous prenons toujours le temps de faire choisir et de discuter », ajoute Myriam.

0h10

Fin de tournée pour le trio des Restos du Cœur. Professionnels et bénévoles d’une vingtaine d’associations se relaient tous les jours sur le terrain, certains pour répondre aux besoins de première nécessité, d’autres pour assurer l’accompagnement social. Et tous pour maintenir le lien et prêter une oreille attentive…

Par Valérie PFAHL

Partenaire et financeur

Dans le cadre de deux délégations (lutte contre les exclusions et hébergement d’urgence qui est par ailleurs une compétence de l’État), la Ville s’engage auprès des associations. Une coordination des maraudes est mise en place à Lille depuis plusieurs années, en lien avec le CMAO (coordination mobile accueil orientation). La Ville verse aussi des subventions aux associations qui accompagnent les personnes à la rue. Il existe 1800 places d’accueils d’urgence et d’insertion dans Lille.



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