Rosa accueille les femmes victimes de violences

C’est un lieu où se poser, être écoutée et orientée, échanger, se retrouver avec d’autres et avec soi-même. Les femmes victimes accueillies y sont actrices pour pouvoir se reconstruire.

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Pendant que Béatrice anime bénévolement l’atelier d’alphabétisation comme chaque semaine, Céline échange avec l’une des professionnelles du lieu pour son dossier d’hébergement. Ce lieu, c’est Rosa, un accueil de jour pour les femmes victimes de violences. Il s’agit de violences conjugales (à hauteur d’environ 70%) mais aussi de mutilations sexuelles, de mariages forcés, de prostitution, de harcèlement de rue ou au travail, ou encore d’esclavage moderne.

Quand nous la rencontrons, Céline en a poussé les portes il y a une semaine. Elle raconte : le viol par son ex-compagnon, sa fuite durant la nuit, coursée par l’homme. Elle trouve refuge chez une amie, hésite à porter plainte, passe quatre jours à l’hôpital. « J’ai décidé d’aller au commissariat pour qu’il soit puni. Quand une femme dit non, c’est non », se révolte la jeune femme. Et d’ajouter : « je me sentais tellement sale, et j’avais honte, c’est bizarre car c’est moi la victime ! ». Arrivée à Lille où elle ne vit pas, Céline se retrouve à dormir dans un centre d’hébergement d’urgence ou même par terre, devant la gare.

Insupportable !

« C’est insupportable pour toute notre équipe de devoir laisser partir ces femmes dans la rue ou retourner chez elles, où vit toujours leur mari violent, parce que les foyers sont engorgés », se désole Delphine Beauvais, directrice de SOLFA. Cette association  accueille, accompagne et héberge les femmes victimes et leurs enfants. Elle  a ouvert Rosa en 2017. 

« Cette année, 296 femmes sont venues nous voir, ce qui correspond à près de 2000 passages », précise-t-elle. Un chiffre en augmentation depuis son ouverture, expliqué essentiellement par le bouche-à-oreille et l’aide des partenaires qui orientent ces femmes vers Rosa.

Car ici, les femmes sont reçues sans condition et de façon anonyme. Elles peuvent faire une sieste, prendre une douche ou mettre en route une lessive. Elles peuvent aussi stocker leurs bagages, préparer des documents administratifs ou ouvrir une domiciliation pour recevoir des courriers.

Pouvoir d'agir

En plus des séances d’alphabétisation, SOLFA a mis en place d’autres ateliers : couture, visite d’expositions, cuisine, relaxation, « causeries » autour des droits des femmes ou encore self-défense. « Ces activités aident à développer leur pouvoir d’agir et à renforcer leur place de citoyenne dans la société en tant que femme », explique Delphine Beauvais.

L'association avait été sollicitée lors du Grenelle consacré, au niveau national, à la lutte contre les violences conjugales. Lancé en septembre 2019, il a réuni toutes les parties prenantes (associations, élus locaux et services de l'État concernés, familles des victimes…) pour échanger sur la réalité du terrain, à la fois en terme de prise en charge des victimes et d’accompagnement. "Beaucoup de choses efficaces existent déjà, il faut surtout les conforter. Et pour cela, nous avons besoin de davantage de moyens humains, donc de moyens financiers supplémentaires », affirme Delphine Beauvais.

En 2018, par exemple, le service écoute de SOLFA a reçu 8000 appels. 3300 sont restés sans réponse faute d’oreilles suffisantes… Ce Grenelle s'est conclu le 25 novembre 2019 à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Par Valérie Pfahl

ROSA, 94 rue de Wazemmes, 06.58.23.65.79., ajrosa@asso-solfa.fr. Lundi 13h-17h, mardi 13h-20h, mercredi 9h-17h, jeudi 7h-15h, vendredi 9h-17h

Numéro national d’appel gratuit 39 19 pour les victimes et les témoins

Droits des femmes : 1 mois d'événements

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