100 ans après, la grande mobilisation pour commémorer la Grande Guerre

Il y a un peu plus de 100 ans, le 1er août 1914, à 16 heures, toutes les cloches de France sonnent le tocsin. Le président de la République française, Raymond Poincaré vient de décréter la mobilisation générale. C'est le début de la Grande Guerre....
100 ans plus tard, Lille s'associe au souvenir du funeste premier jour. Rencontre avec les acteurs municipaux mobilisés pour rappeler l'histoire singulière de Lille et les traces sensibles qu'elle a laissées : celle d'une ville occupée qui vécut à l'heure allemande durant tout le conflit.

Photo de la Grand place pendant la premiere guerre mondiale a Lille
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Commémoration de la Grande Guerre

Rencontre avec les acteurs municipaux mobilisés pour rappeler l'histoire singulière de Lille et les traces sensibles qu'elle a laissées : celle d'une ville occupée qui vécut à l'heure allemande durant tout le conflit.
 
Samedi 16 novembre 2013, Régis Denys et son cartable sont venus de Dunkerque dès l’ouverture de la médiathèque Jean Lévy. À l’une des 24 personnes réquisitionnées ce jour-là, Régis a présenté son trésor : une lettre de son grand-père Charles. Ce soldat de la Grande Guerre y explique comment il a retrouvé le corps d’un camarade tué par un obus, « les deux jambes en lambeaux », enterré provisoirement sous les feux de la mitraille. La missive sera numérisée, rendue à son propriétaire puis mise en ligne sur le site Europeana, qui organisait cette « Grande collecte » pour recueillir dans toute l’Europe ces documents de famille.
Depuis, les bibliothèques continuent de recevoir des Nordistes et leurs documents. « On est à une période charnière, explique la directrice adjointe, celle où les dernières personnes qui ont pu côtoyer les témoins de cette époque sont elles-mêmes âgées. Du coup, elles portent à la mémoire collective des documents jusque-là gardés dans l’intimité familiale. » Parmi les trésors recueillis, les 22 volumes du journal d’un banquier lillois mobilisé en Dordogne. Jusque-là, sur cette période, la médiathèque disposait surtout de la presse d’époque et d’un fonds de cartes postales, plus rarement de documents personnels.

Trois projets labellisés

Cent ans après, la Grande Guerre n’a pas fini de livrer tous ses secrets. Les premiers historiens du conflit étudièrent surtout les actions militaires et diplomatiques, puis, après 1945, ses aspects socio-économiques. Les années 80 ont vu se développer des recherches en histoire culturelle – une veine qui s’est davantage penchée sur les expériences d’occupation des populations civiles, notamment avec les travaux d’Annette Becker.
Lille, occupée dès le début du conflit et coupée du reste de la France, eut une histoire singulière, souvent ignorée mais en revanche vivace dans les familles.
« Cette occupation fut, à Lille, plus dure que celle de la Seconde Guerre. »
« Quel sens donner à ce conflit quand les obus qu’on reçoit sur la tête sont des obus français ? » interroge Élise Julien, chercheuse à l’IRHIS (Institut de recherches historiques du Septentrion) et enseignante à Sciences-Po Lille (1). « Cette occupation fut, à Lille, plus dure que celle de la Seconde Guerre et explique combien l’invasion de 1940 suscita la terreur dans la région. Car la déportation, le travail obligatoire, souvent associés à la Seconde Guerre mondiale, furent pratiqués ici dès 14-18 », poursuit-elle.
Lille Métropole planche aussi sur le sujet. Trois projets lillois ont été labellisés par la Commission du centenaire, dont deux expositions : « Guerre à la guerre : les expressionnistes allemands (1914-1918) » au Palais des Beaux-Arts et « Lille à l’heure allemande » (Hospice Comtesse). « Pourquoi et comment commémorer cent ans plus tard ? Pour nous, il faut aussi interroger cela, trouver un sens actuel et pas seulement célébrer une mémoire », explique Virginie Thiery-Decriem, directrice du Patrimoine à la Ville. D’où le troisième projet labellisé, « 14-18 en mouvement », qui proposera des parcours, spectacles et expositions de plein air dans la ville.
La direction du Patrimoine, qui coordonne la programmation lilloise, commence aussi à recevoir les premières propositions associatives. Parmi elles, un projet de l’association du Musée hospitalier, celui des Amis du patrimoine de Lille-Sud ou encore le projet de Lille Centre animation, en lien avec le groupe mémoire de Moulins et deux autres associations.

Numérisations

Les préparatifs ont commencé. À l’occasion de ces commémorations, les établissements municipaux (Archives, bibliothèque Jean Lévy, Hospice Comtesse), en lien avec Roubaix et Tourcoing, ont entrepris un long travail de numérisation. Aux Archives municipales, Pierrick Houziaux inventorie l’ensemble des documents relatifs à cette période, « dont les registres de délibération et la collection complète des affiches municipales, alors le moyen de communication le plus efficace », rappelle Claire-Marie Grosclaude, directrice du lieu. Réquisitions, horaires de couvre-feu, déportations, exécutions parfois pour la simple possession d’un pigeon voyageur… ces affiches parfois bilingues, qui seront ensuite mises en ligne, témoignent de la dureté de traitement imposée aux Lillois.
À l’Hospice Comtesse, on sortira des réserves les cartes postales d’époque, dont celles, patriotiques, vendues au profit des familles nécessiteuses. Le musée dispose aussi des clichés du photographe Jean Pasquero, réfugié à Hesdin pendant la guerre. Il y édita un grand nombre de cartes photographiques, ces photos individuelles au format de cartes postales, pour les soldats français mais aussi anglais ou canadiens qui passèrent dans le secteur tout au long du conflit. Ils posent souvent avec leur mascotte, chien, renard, voire singe. Pour Martine Nmili, qui gère le fonds des 35 000 photos anciennes à Comtesse, « ces cartes étaient une trace de vie envoyée aux familles et aussi sans doute la contribution de Pasquero, ancien militaire, à l’effort de guerre ».

Pierre et bronze

La Ville a aussi lancé la rénovation des statues, plaques et monuments commémoratifs. Si le bronze s’accommode assez bien des envahisseurs, la pierre blanche en revanche s’encrasse très vite. L’ensemble des monuments a été nettoyé et démoussé ou va l’être dans les prochains mois. Le Monument aux morts de la place Rihour connaît son premier grand nettoyage, tandis que celui aux Pigeons voyageurs verra ses fondations renforcées. Lille compte un nombre conséquent de monuments commémoratifs : ils sont neuf, édifiés pour la plupart juste après la guerre. Le sculpteur Jacques Alleman (sic) a réalisé les plus fameux, le Monument aux morts, les Pigeons et la statue équestre de Foch. « La commune mais aussi les associations commerçantes ont lancé, dès 1919, ces constructions, conclut Virginie Thiery-Decriem, c’était l’un des moyens de couper court à la réputation de Boches du Nord. »

(1) Pour le centenaire, elle travaille à faire de l’IRHIS un centre de ressources régional sur la Grande Guerre, en lien avec de nombreuses institutions et associations régionales, ainsi que des universités partenaires françaises et étrangères (allemandes, belges et britanniques…).
Vous pouvez confier vos documents de famille sur la guerre 14-18 à la médiathèque Jean Lévy (tél. 03.20.15.97.20), aux Archives municipales (03.20.49.50.00) ou à la direction du Patrimoine culturel (03.20.49.56.21). Ils vous seront rendus après numérisation.
Par Élodie De Vreyer
 



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