Soirée Les Fantômes de Guillermo

Le 10 décembre 2019 de 18h30 à 23h59

à cinéma L'univers

Longtemps cantonné aux succès publics discrets, Guillermo Del Toro s'est enfin vu adouber par l'Oscar du meilleur réalisateur l'an dernier. Ce soir : L'Échine du Diable (2001) et Crimson Peak (2015)

Soirée Les Fantômes de Guillermo

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Comme la Palme d'Or estivale de Bong Joon-Ho, l'Oscar que s'est vu attribuer Guillermo Del Toro l'an dernier pour La Forme de l'Eau avait un goût d'accomplissement. Enfin, l'un des cinéastes les plus prolifiques de son temps était récompensé pour son artisanat et son style unique, après ce qui sembla être une cruelle traversée du désert.

Car ce n'était pas gagné : avant cette reconnaissance publique, l'oeuvre du réalisateur originaire de Guadalajara, tête d'affiche de la « Nouvelle Vague » mexicaine, a longtemps été réservée à un certain spectateur de niche adepte des univers parallèles et des bestiaires exotiques. Même ses précédents films, le tonitruant Pacific Rim et le glacial Crimson Peak, pourtant adressés au grand public, ont peiné à se rembourser au box-office ; enfin, Del Toro reste connu aussi bien pour ses films achevés que pour ses projets avortés, qui sont d'ailleurs légion. Pourquoi une si longue période de désamour pour un tel conteur, l'un des derniers de son espèce, régulièrement cité comme une influence stylistique majeure ?

En effet, l'universalité enfin reconnue du cinéma de Del Toro repose sur un entremêlement complexe de codes et de références profondément ancrés dans les racines de la contre-culture. Sous les tonnes de maquillage d'Hellboy, se pose la question de l'identité et de l'appartenance ; les fantômes écornés de L'Échine du Diable ou de Crimson Peak parlent du lien douloureux entre des pages sombres de l'Histoire passées sous silence et un présent qui en pâtit. De l'ambiance gothique de la Hammer au kaiju eiga, des pages de Lovecraft aux planches de Mike Mignola, son œuvre entière est un travail d'enjambement, un pont entre deux rives : le réel et l'imaginaire, la norme et le monstrueux, la vie et la mort, le blockbuster et le drame intimiste. L'aspect fluctuant de sa filmographie en témoigne : de Cronos à Mimic, de Blade 2 au Labyrinthe de Pan, Del Toro ne cesse d'alterner entre projets personnels tournés au Mexique et grosses productions américaines, tout en conservant une cohérence rigoureuse dans son propos, parfois au bord de la répétition.

Afin de mieux voir comment se manifeste cette dichotomie dans son cinéma, nous vous proposons ce soir deux films précédemment énoncés et a priori très similaires dans les motifs qu'ils invoquent ; un petit budget tourné en Espagne et un gros budget américain tourné en studio, qui illustreront bien l'évolution évoquée plus tôt et la manière dont le cinéaste est parvenu à inscrire ses thèmes personnels dans la machine hollywoodienne.

L'ÉCHINE DU DIABLE (2001) se passe en pleine Guerre d'Espagne et suit le personnage de Carlos, un gamin de 12 ans fraîchement débarqué à l'orphelinat catholique de Santa Lucia. Alors qu'il doit trouver sa place dans cet environnement glauque et se débattre avec ses camarades hostiles à l'arrivée d'un petit nouveau, il découvre en plus que l'endroit est habité par un résident un peu particulier, qui essaie de rentrer en contact avec lui...

Après un Mimic rapidement expédié sur les étagères de vidéo-club, L'Échine du Diable est le film qui met véritablement Del Toro sur la liste des réalisateurs à suivre. Succès critique correct, sa relecture de la figure du fantôme alors tombée en désuétude, ou cantonnée aux mélos avec Demi Moore, inaugure toute une période de drames horrifiques similaires (avec Les Autres d'Alejandro Amenabar la même année, par exemple), ainsi qu'une vague de cinéma fantastique hispanique de très bon aloi, qui trouva ses heures de gloire avec entre autres L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona ou encore Les Yeux de Julia de Guillem Morales. À cause de l'influence prégnante qu'il a eu sur une génération de films, L'Échine peut donner le sentiment d'avoir un peu vieilli mais il n'en est rien : l'efficacité de sa narration est déjà là, ainsi que la plupart des thèmes de prédilection de Del Toro, qu'il ne cessera d'explorer par la suite.

CRIMSON PEAK (2015) suit le personnage d'Edith (Mia Wasikowska), une jeune romancière au début du 20e siècle qui vit avec son père dans l'État de New-York et qui possède la capacité de communiquer avec, ou plutôt d'attirer, les morts. Un jour, elle rencontre le fringant Thomas Sharpe (Tom Hiddleston), un héritier dont elle tombe amoureuse. Après le meurtre atroce de son père, Edith décide de l'épouser et de partir vivre avec lui dans son manoir perdu au fin fond de l'Angleterre, malgré l'hostilité de la troublante sœur de Thomas, Lucille (Jessica Chastain). Bientôt, des événements inquiétants dans le château amènent Edith à faire remonter au grand jour des secrets profondément enfouis...

Succès très modéré auprès des foules pour ce film pourtant pensé comme grand public. D'un point de vue référentiel, il s'agit dans doute du plus riche de la filmographie de Del Toro, qui y étale avec maestria les enseignements d'une mise en scène classique. Fortement inspiré de l'univers gothique de la Hammer, glacial et vénéneux dans son atmosphère, le film fait évidemment la part belle aux costumes et aux décors, à commencer par le manoir de Crimson Peak donc, véritable protagoniste dont l'architecture torturée et viscérale fait merveille (la bâtisse s'enlisant progressivement dans l'argile écarlate que les Sharpe extraient). Crimson Peak est nettement plus romancé que son prédécesseur : ici, c'est moins la fable historique que la révérence cinématographique qui inspire Del Toro, offrant à travers ce film une déclaration d'amour flamboyante pour certains, lourdingue pour d'autres, extravagante dans tous les cas, envers tout un pan du cinéma fantastique.

Comme d'habitude, les films sont projetés en VOSTFR. Une restauration rapide et une buvette sont mises à disposition et le public est invité, à la fin de la séance, à discuter de ce qu'il vient de voir avec ceux qui le veulent bien !

Infos pratiques

Lieu

cinéma L'univers

Adresse

16 Rue Georges Danton Lille

Voir le plan

PublicsDe 12 à 99 ans

Horaires

Le 10/12/2019 de 18:30 à 23:59

Tarifs

Adhésion et PAF

\- Adhésion ponctuelle : 1€ + PAF minimum 1€\- Adhésion annuelle : 10€


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