1915, Léon Trulin fusillé

Né en Belgique, arrivé à Lille à la mort de son père, Léon Trulin n’est qu’un adolescent lorsqu’il trouve la mort dans les fossés de la Citadelle. L’armée allemande l’a condamné à mort pour espionnage.

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Le 8 novembre 1915, un jeune homme de 18 ans était fusillé dans les fossés de la Citadelle de Lille. Léon Trulin a été arrêté le 3 août par une patrouille allemande alors qu’il cherchait à franchir la frontière hollandaise. Il a été condamné à mort le 5 novembre par un tribunal militaire le considérant comme la tête d’un réseau de résistance.

Aujourd’hui, à Lille, une école porte son nom, une rue également à l’entrée de laquelle est érigée une statue éponyme. Un mémorial a aussi été installé à l’endroit où le jeune est tombé sous les balles. Et Léon Trulin est représenté sur le monument dédié aux « Fusillés lillois », square Daubenton.

« Trop chétif » pour l’armée belge

Flavie Lavallée, originaire de Grand-Fort-Philippe, retrace dans un récent ouvrage (1) l’histoire de ce jeune résistant et enquête sur les raisons de sa popularité locale. Ce garçon issu d’une famille modeste a vu le jour à Ath (Belgique) le 2 juin 1897. Avant-dernier de huit enfants, il s’installe à Lille avec sa famille à la mort de son père. A treize ans, pour aider sa mère, il devient apprenti.

Dans son livre, Flavie Lavallée nous apprend qu’il suit parallèlement des cours aux Beaux-Arts : de quoi, certainement, « lui faciliter l’élaboration de plans et de dessins permettant l’identification des troupes allemandes ».

Car, cinq ans plus tard, le jeune homme va se retrouver sous les ordres des services de renseignements britanniques afin de leur fournir des renseignements sur l’occupant. Jugé « trop chétif » pour être engagé dans l’armée belge, son premier souhait, Léon se voit proposer de fournir des informations sur les troupes allemandes cantonnées à Lille et aux environs. Mission : « apporter des renseignements sur les terrains d’aviation, les dépôts de munition, les postes de télégraphie sans fil, la défense aérienne, l’artillerie et les emplacements de batteries ».

« Exemple à ne pas suivre »

Pour ce faire, il crée une organisation à laquelle adhère sa bande d’amis. Les membres de « Noël Lurtin », anagramme de Léon Trulin, encore appelée Léon 143, doivent traverser la Belgique puis la Hollande pour rejoindre l’Angleterre. Ils y livrent rapports, photos et autres plans d’installations militaires allemands.

Le 3 août 1915, alors qu’ils sont sur le point de passer la ligne de fils électrifiés, Léon Trulin et son ami Raymond Derain sont arrêtés à la frontière hollandaise par les gardes ennemis. Il semble qu’ils aient été dénoncés, même si aucune preuve n’a pu être apportée. Transférés à la prison de la Citadelle de Lille le 12 octobre, ils y retrouvent leurs autres compagnons, eux aussi capturés.

En tant que chef du réseau d’espionnage, Léon est le seul condamné à mort. Malgré son jeune âge et seulement quelques semaines d’activité résistante. Pour l’armée allemande, « exécuter des espions permet d’imposer son autorité, de donner des exemples à ne pas suivre, d’impressionner la population », rappelle Flavie Lavallée.

Selon les historiens spécialistes de l’époque, 225 personnes ont été exécutées pour faits de résistance en France et en Belgique lors de la Grande guerre. Occupée dès les premiers jours du conflit et considérée comme collabo par le reste du pays, Lille fut saisie après guerre d’une vraie frénésie commémorative, pour rappeler  les souffrances endurées. Pourtant, aucun résistant lillois n’eut droit à autant d’hommages que le jeune Trulin. Considéré comme un symbole de l’alliance franco-belge, il fut aussi érigé en modèle « pour les jeunes des années 30, offrant un modèle de refus et de rejet de l’occupation pour les futurs résistants de la Seconde guerre mondiale », conclut Flavie Lavallée.

Par Valérie Pfahl

(1) Flavie Lavallée : « Trulin 1915, un petit Belge, héros lillois », éditions Les Lumières de Lille, 16,90 euros.

Polémique autour d’un monument

Square Daubenton est érigé un monument en l’honneur des « Fusillés lillois ». Inauguré en mars 1929, il rend hommage aux quatre membres du Comité Jacquet, réseau de renseignements durant la Grande guerre, ainsi qu’à Léon Trulin. A l’époque de sa réalisation, cette œuvre a fait polémique, la famille du jeune belge fusillé n’acceptant pas que lui seul soit représenté allongé, mort, aux côtés des autres espions tous fièrement debout. D’autant que le jeune homme a été fusillé après les membres du comité Jacquet… rendant cette représentation anachronique ! Flavie Lavallée raconte : « Le sculpteur, Félix Desruelles, avait déjà conçu le monument lorsque il lui a été demandé d’intégrer un cinquième personnage. Son choix semble donc plus lié à des questions pratiques ». Des arrangements ont été proposés aux proches de Léon Trulin après leur protestation, mais le jeune espion est resté allongé. Détruit par les Allemands en 1940, ce monument a été reconstruit à l’identique par la veuve du sculpteur et réinstallé en 1960 au bout du boulevard de la Liberté.



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