Tous égoïstes les animaux ?

De nombreuses recherches tendent à affirmer que l’empathie et l’entraide ne sont pas réservées à l’espèce humaine !  Agatha Liévin-Bazin, docteure en éthologie, nous en dit plus.

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C’est quoi l’éthologie ?

Il s’agit de l’étude du comportement animal, de la petite blatte à l’imposant éléphant ! Comment ils voient le monde, comment ils trouvent leur nourriture, comment ils choisissent leur partenaire et bien d’autres champs, très variés, qui font le quotidien de toutes les espèces animales. Après mon doctorat et neuf années de recherche, je me suis lancée dans la vulgarisation du comportement animal auprès du grand public. Il existe des tas d’études passionnantes sur le sujet mais, à part quelques-unes relayées dans des revues prestigieuses, elles restent souvent dans la sphère intimiste des médias spécialisés.

Quelle a été votre collaboration pour l’exposition « Liaisons vitales » ?

J'ai apporté mes connaissances sur le sujet en lien avec les animaux, photos et vidéos présentés au musée. Nous avons choisi d’aborder la question des comportements positifs que l’on peut observer dans la nature. Ce n’est pas toujours la loi du plus fort ! Pour les espèces qui vivent en groupe notamment, l’entraide peut être nécessaire à leur survie. C’est le cas des oiseaux qui forment des couples fidèles, par exemple, avec le mâle et la femelle qui coopèrent le plus souvent pour construire le nid, nourrir et défendre leurs oisillons. Les mammifères marins, les éléphants ou encore les grands singes qui vivent vieux ont aussi le temps de nouer des liens complexes, favorables à ces comportements d’entraide.

Leur coopération est utile donc égoïste ?

Pas forcément ! Il est même probable que ces comportements d’entraide  soient déclenchés par l’empathie même si l’idée ne fait pas l’unanimité chez tous les chercheurs. Cette faculté de ressentir et de comprendre les émotions des autres chez les animaux est toujours très discutée. De nombreuses anecdotes ont été rapportées mais les études contrôlées en laboratoire sont encore peu nombreuses. Certaines,  sur les campagnols des prairies, par exemple, ont montré qu’ils réconfortent leurs partenaires qui ont subi une expérience désagréable après avoir été séparés l’un de l’autre. On a pu établir aussi que les poules stressent quand leurs poussins sont eux-mêmes stressés. L’empathie pourrait d’ailleurs venir des soins parentaux.

C’est-à-dire ?

Pour la survie de leur progéniture, les parents doivent être sensibles aux signaux de peur, de faim ou de douleur de leurs petits. L’empathie se serait donc répandue au reste du groupe social, au fil de l’évolution. Mais des dizaines d’années de recherche laissent apparaître plusieurs niveaux de complexité : de la simple transmission d’émotion, par automatisme, comme la peur, pas forcément comprise, à l’image de celle du poisson qui fuit un prédateur et entraîne tous les autres membres du groupe, à la capacité de se mettre à la place de l’autre et à la compréhension des émotions des autres, comme dans le cas des chimpanzés qui vont enlacer un congénère en détresse après une dispute pour le consoler.

Propos recueillis par Valérie Pfahl

Liaisons vitales (expo au musée d'Histoire naturelle)

Durée: 01:30

 


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