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La dignité selon Mémoire-Fraternité

Le collectif Mémoire-Fraternité accompagne les personnes décédées isolées, enterrées au cimetière de Lille-Sud.

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Ils s’appelaient Pascal, Mamadou, Sylviane, Richad, Susana, Alain, André, Milenko ou encore Mauricette… Ils avaient entre 25 et 82 ans. 44 personnes décédées entre octobre 2015 et octobre 2016 dans la rue, en grande pauvreté, ou très isolées, ont été « accompagnées » par les membres du collectif Mémoire-Fraternité jusqu’à la Terre-Commune du cimetière de Lille-Sud. Le collectif partage la pensée du philosophe français Paul Ricœur : « quelque chose est dû à l’homme du seul fait qu’il est humain ». En d’autres mots, chacun mérite une inhumation digne et respectueuse, et l’oubli est une sanction pire que la mort.

Créé en 2008 pour poursuivre le travail mené par Sœur Irène Devos et l’association Magdala, Mémoire-Fraternité regroupe quasiment toutes les associations lilloises à caractère caritatif, et des adhérents individuels. A chaque enterrement d’un indigent*, une dizaine de membres sont là, sur l’une des Terres Communes de l’immense cimetière du Sud (33 hectares, environ 40.000 concessions). « Toutes les communes sont dans l’obligation d’avoir des terrains communs », rappelle Adeline Pouilly, conservatrice du cimetière du Sud où travaillent les services état civil et cimetières (six fossoyeurs, neuf gardiens, trois agents de bureau), et espaces verts de la Ville.

Chaque année, juste avant ou après le 17 octobre (journée mondiale du refus de la misère), c’est le même rituel : rassemblement place de la République autour de la dalle des droits de l’Homme ; marche silencieuse jusqu’au parvis Saint-Benoit Labre et son Mémorial dédié aux personnes mortes dans la rue ; et dernier hommage au cimetière de Lille-Sud.

Embellissement des terrains

Ici, après les funérailles, tout est mis en œuvre pour embellir les terrains. L’ensemble est engazonné, et une stèle est posée pour chaque défunt, à la manière des cimetières américains. Ainsi, ces parties se fondent dans l’ensemble du cimetière, ce qui évite une stigmatisation. « Certains ont encore l’image de funérailles à bas prix, ou de fosses communes… » regrette Adeline Pouilly, qui rappelle que « tout le monde a le droit d’être traité de la même manière ».

Et la Ville de Lille reste attentive à cela. Elle vient d’ailleurs de publier un arrêté pour reprendre deux sections de ce cimetière où ont eu lieu des inhumations « en service ordinaire » il y a une dizaine d’années, afin de pouvoir les remettre en état dès 2017.

Par Clément Landouzy

* Les terrains communs, gratuits, ne sont pas réservés aux personnes en grande pauvreté. Chacun a le droit de choisir d’avoir une concession sur un terrain commun. Celle-ci est attribuée pour minimum cinq ans.

> Plus d'infos : Collectif Mémoire-Fraternité, 1, rue de Colmar, Lille. memoirefraternite@free.fr ; 06.73.93.95.50 (Michel Ruef).


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