Quand le matrimoine s'invite au patrimoine

À Lille, le patrimoine fait une place au matrimoine pour les Journées Européennes qui ont lieu en septembre, 43e édition cette année. Pourquoi la Ville a-t-elle choisi d’associer les deux notions ?

On ne connaît d’elle quasiment rien sauf son prénom et ses écrits. Marie de France, poète et écrivaine française du XIIe siècle, a pourtant mis en scène de petites histoires, en vers, qui dénoncent avec humour et finesse les injustices et les trahisons. 

Pour ce faire, elle a pris des animaux comme personnages auxquels elle a prêté des attitudes humaines. Cela vous rappelle quelqu’un ? Jean de la Fontaine, bien sûr, tellement plus célèbre que celle qui l’a inspiré ! 

Bienvenue au matrimoine !

Marie de France sera à l’honneur du spectacle de la compagnie Créac’h, « Sur le chemin des fables », proposé le dimanche 20 septembre, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine.

Ou plutôt des Journées Européennes du Patrimoine et du Matrimoine, qui auront lieu le week-end des 19 et 20 septembre.  

C’est une première à Lille ! Ce rendez-vous national porte désormais la marque de l’héritage culturel, artistique et historique porté par les générations de femmes. 

« Dès le début du mandat, j’ai formulé cette proposition à laquelle Arnaud Deslandes, maire de Lille, a tout de suite adhéré, » remarque Julien Poix, conseiller municipal chargé du Patrimoine, de l’histoire et du devoir de mémoire.

Une avancée pour l’égalité

« Plus qu’un symbole, c’est une avancée sur le chemin de l’égalité femme-homme dans l’espace public, » ajoute l’élu, et « aussi une reconnaissance officielle du rôle historique des femmes dans la création artistique et culturelle, dans la construction de nos villes et de notre histoire partagée. »

Car, comme Marie de France, tellement de femmes, sculptrices, architectes, peintres, compositrices, écrivaines ou chorégraphes ont été invisibilisées, voire effacées de l’histoire, au fil des siècles. 

C’est le cas, par exemple, de quatre pionnières de l’expérimentation cinématographique, dont Germaine Dulac, réalisatrice, productrice et enseignante, figure clé du cinéma muet et pourtant méconnu du grand public. 

Rendez-vous est donné pour "Visions d'avant-garde", un ciné-concert le vendredi 18 septembre. 

Des modèles féminins aussi

La maison Folie Moulins a aussi choisi de mettre en avant des femmes qui l’ont marquée au travers de trois périodes : leur invisibilisation au XIXe siècle, leur émancipation dans les années 1960 et leur rôle, aujourd’hui, dans la vie de ce lieu culturel. Visite guidée prévue les samedi 19 et dimanche 20 septembre. 

Autre temps fort de l’édition 2026 des JEPM, à Lille : un village, place de l’Opéra, réunira artisans et artisanes qui partageront leur passion autour de différentes facettes du patrimoine et du matrimoine. 

Une façon, aussi, de permettre à des jeunes filles de se projeter dans des métiers en ayant des modèles féminins…

Bientôt en France ? 

« En associant patrimoine et matrimoine, nous avons bien la volonté de rassembler, et non pas d’opposer, pour bâtir un héritage mixte et égalitaire, » résume Julien Poix.

Il espère, d’ailleurs, que Lille (aux côtés d’autres municipalités qui ont fait ce choix), servira de modèle pour que les JEP deviennent les JEMP au niveau national. Il va interpeller le ministère de la Culture dans ce sens, en espérant une nouvelle appellation pour l’édition 2027… 

Par Valérie Pfahl

. Pour retrouver tout le programme des JEPM, c'est ici

Ça date de quand ?

Le mot matrimoine était utilisé couramment au Moyen-âge pour signifier les biens hérités par la mère, aux côtés du patrimoine, biens hérités par le père, dans le cadre d’un contrat de mariage. 

Il est tombé en désuétude après avoir été effacé de la langue française classique, au XVIIe siècle, époque à laquelle l’Académie française a fait le choix d’invisibiliser les mots au féminin. Une masculinisation de notre langue qui s’est opérée jusqu’au XIXe siècle…

Le terme est réapparu récemment, notamment avec le lancement des Journées du Matrimoine, en 2015, par l’association HF. Depuis, il est réactivé par des mouvements féministes, des scientifiques ou encore des collectivités, comme la Ville de Lille, qui souhaitent lui rendre la place qui lui est due.



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