Fives Cail : la friche se recycle

Le fracas des pelleteuses ne signe pas la fin d’une histoire mais le début d’une autre. Le site de l’ancienne usine de métallurgie fait aujourd’hui l’objet de la deuxième phase d’un vaste projet d’écoquartier. Sur ces 25 hectares, 40 000 m2 de halles industrielles disparaissent. Ici, la déconstruction a une ambition affichée : valoriser 85% des matériaux existants majoritairement sur place.  

 

Photo Thomas Lo Presti

Avant la déconstruction des structures, un long travail préparatoire a été engagé. Aux commandes, la Soreli, société d’aménagement, qui s’est vu confier le projet par la Ville et la MEL, avec des ambitions revues à la hausse depuis l’adoption du Pacte Lille bas carbone. Les partenaires s’engagent ainsi à réduire l’impact de la construction et de l’aménagement sur le climat.

Le chantier a démarré par le désamiantage, suivi du démontage des portes, sanitaires, luminaires, carrelages orientés vers des filières de réemploi. Des éléments comme du mobilier, de la signalétique ou des plans ont trouvé une seconde vie chez les nouveaux exploitants du site comme la brasserie de Fives Cail.

La démarche se veut exemplaire avec le réemploi de 85% des matériaux issus de la déconstruction. Elle limite l’empreinte carbone du chantier, mais c’est aussi un choix culturel en inscrivant l’histoire industrielle dans les futurs espaces publics. 

« Le réemploi est autant un outil d’aménagement durable qu’un moyen de transmettre la mémoire du lieu. Non pas à travers des panneaux explicatifs, mais par la présence des matériaux eux-mêmes », remarque Nina Cossais, responsable des opérations de déconstruction-réemploi à la Soreli.

Fives Cail 2

3,8 millions de briques

Le gisement de briques est impressionnant ! Elles constituent le matériau le plus emblématique et le plus abondant. Issues des anciens bâtiments, elles sont triées avec soin. Elles auront toutes une seconde vie ici.

Les briques entières et en bon état sont nettoyées une à une. Il y en a 185 000 et seront réutilisées dans les futurs cheminements. D’autres viendront remplir les « stonebox » (cages métalliques remplies de cailloux et servant d’éléments paysagers).

« En amont, des tests sont effectués pour s’assurer que les matériaux réutilisés sont compatibles avec leur futur usage et durables dans le temps », souligne la responsable. Les briques qui présentent des défauts ne sont pas perdues : direction le concasseur, pour servir de remblai.

1,7 km de rails

Vestiges d’une intense activité industrielle, les rails de chemin de fer font l’objet d’un traitement particulier. Ils ont été enlevés, étiquetés avant d’être stockés. Ils ne seront pas fondus ni transformés mais seront reposés plus tard à leur emplacement d’origine, intégrés au sol ou au mobilier urbain, comme un fil conducteur de la mémoire industrielle du lieu.

Béton et pavés

12 000 tonnes de béton proviennent des dalles et fondations des anciennes halles après leur démolition. Les blocs les plus esthétiques, avec des éclats de pierre noire, sont découpés en fragments et transformés en « pas japonais » dans les cheminements. 

D’autres servent de blocs anti-intrusion, tandis qu’une autre partie, broyée, part au remblaiement des sous-sols et des excavations laissés par l’arrachage des profondes fondations. 

« Nous savions dès le départ que le gisement de ces matériaux était conséquent, et qu’en même temps, nous aurions un besoin important, d’où l’intérêt de cette démarche vertueuse qui ne nécessite ni transport ni énergie pour déplacer les matériaux », explique Nina Cossais, responsable à la Soreli. 

380 tonnes de pavés ont aussi été récupérées. Pour faciliter l’accessibilité PMR, ils sont sciés en deux pour être moins bombés avant d’être reposés.

Fives Cail 3

Poteaux métalliques

Les imposants poteaux de métal qui soutenaient autrefois les halles industrielles trouvent eux aussi une nouvelle fonction. Sélectionnés pour leur état et leur qualité esthétique, ils sont démontés par sections, puis envoyés en atelier pour être décapés et repeints.

Ils seront ensuite transformés en lampadaires, bancs, tables ou estrades et réapparaîtront dans les espaces publics du site. Ceux de la halle Saint-Louis ne sont pas démontés. Ils restent en place, intégrant le futur parc, pour former une majestueuse porte d’entrée.

Témoins du passé

La haute cheminée de l’usine sera remise en état et conservée sur place. Les esthétiques cheminées chanard-étoile, une bombonne rivetée, des volants de manœuvre et d’anciens rouleaux à sucre fabriqués à Fives Cail (voir photo : ils étaient destinés à l’exploitation de la canne à sucre), trouveront, quant à eux, une place dans le futur grand parc de 5 hectares.

Par Sabine Duez 

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