L’audiodescription, ou l’art de percevoir autrement

« Traduire tout ce qui n’est pas visible à l’écran en texte descriptif », telle est la définition de l’audiodescription, une technique d’accessibilité des oeuvres pour les personnes en déficience visuelle. Mais comment ça fonctionne ? Rencontre avec Marie Diagne, réalisatrice de versions audiodécrites et Delphine Harmel, sa collaboratrice non-voyante.

Delphine Harmel et Marie Diagne collaborent à l'écriture de la version audio décrite du film THERESE, réalisée par Alain Cavalier en 1986. Copyright : Tatjana Jankovic, août 2020

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Deux parcours différents

Marie et Delphine travaillent ensemble depuis quelques années sur la réalisation d’oeuvres de cinéma audiodécrites. Mais ces deux femmes, passionnées par la culture et le cinéma ont eu deux parcours bien différents. « J’ai perdu la vue quand j’étais jeune adulte et étudiante », explique Delphine. « J’étais une vraie cinéphile, j’adorais aller au cinéma. Quand je suis devenue aveugle, c’est un peu mon monde qui s’est effondré. Mais j’ai rebondi et j’ai commencé à travailler dans un domaine qui me plaisait : la culture ».

De son coté, Marie, a commencé sa carrière en tant que monteuse d’images et scénariste de films documentaires. « Puis j’ai découvert la transmission du cinéma. J’intervenais dans les salles pour animer des rencontres et des échanges, et je programmais aussi des festivals. J’ai découvert l’audiodescription lorsqu’une femme, à côté de moi lors d’une séance, avait quelqu’un qui lui chuchotait dans l’oreille pendant la diffusion du film. J’ai compris seulement à la fin de la séance qu’elle était aveugle. J’ai trouvé ça stupéfiant et ça m’a tout de suite passionnée ».

Mais une passion commune : le cinéma et l’accessibilité

Les deux femmes se rencontrent une première fois en 2009 lors de la préparation d’un festival d’images, au musée du Quai Branly. Delphine y est chargée de mission d’accessibilité et Marie fait partie du comité de programmation du festival.

«On a directement compris que l’on avait la même sensibilité pour le cinéma et le travail d’accessibilité », affirme Marie.

Leurs routes se croisent à nouveau lors d’une formation destinée aux personnes déficientes visuelles pour leur apprendre à jouer un rôle dans l’écriture en audiodescription. Marie est animatrice et Delphine y participe. « Quand j’ai commencé à travailler dans la réalisation et l’écriture de textes pour l’audiodescription », déclare Marie, « j’ai vite compris qu’on avait besoin de personne mal voyantes ou non-voyantes pour travailler. Ce sont les personnes les mieux placées pour comprendre ce qui va ou ne va pas dans ce travail. C’est pour cela que j’ai souhaité animer des ateliers pour les former ».

Depuis cette formation, les deux femmes n’ont jamais cessé de travailler ensemble. En effet, les liens créés leur ont donné l’envie de se retrouver régulièrement, notamment autour d’ateliers de réalisation audiodescriptive, auprès de différents publics : scolaires, jeunes mais aussi adultes en milieu pénitentiaire.

Le cinéma, une question de perception

Pour ces deux passionnées d’audiodescription, le cinéma sert avant tout à transmettre des émotions et pas uniquement à être vu. « Un film ce n’est pas que des images, un film c’est une question de perception et cette question se pose à tous les publics. Pour moi, l’audiodescription répond à cette question », explique Marie. Selon elle, ce n’est pas une technique ni un procédé. « L’audiodescription est un geste artistique qui demande une sensibilité particulière. »

Une structure spécialisée dans la création de contenus audiodécrits

Depuis 2014, Marie est à la tête de sa propre association L’oeil sonore et le cinéma parle, une structure spécialisée dans la création de contenus audiodescriptifs. L’association réalise des versions audiodécrites principalement pour le cinéma.

« On fonctionne comme un véritable laboratoire. On travaille avec des studios professionnels, des auteurs et des collaborateurs déficients visuels dont Delphine fait partie. »

Les étapes pour créer la version audio-décrite d’un film

Réaliser une version audiodécrite pour un film ne se fait pas en une seule étape. C’est un travail minutieux qui demande patience, précision et surtout, les bons détails.

Marie s’explique sur les différents procédés lors de la création d’une audiodescription :

« Tout d’abord, je vais recevoir le film. Je le regarde une première fois dans sa totalité. Ensuite j’écris les questions qui me viennent en tête. Je décris ce que le son ne peut pas détailler, en me calant précisément à l’image près, sur le son du film. Ça s’appelle du  time-code.

Une fois la version d’audiodescription complètement écrite, je la montre à Delphine qui va relire et me corriger. Elle a un rôle très important, car elle va analyser le texte et me dire si certains passages audiodécrits sont inutiles. Elle va me corriger et réécrire ce qui ne va pas. Une fois le texte validé par Delphine, on choisit une voix. Parfois on va choisir l’auteur du texte, donc moi, mais seulement si ma voix l’accompagne parfaitement. Sinon on va choisir quelqu’un d’autre. »

Ensuite, place au studio : « on enregistre le texte et on vérifie avec un ingénieur du son si les calages sont au bon endroit. Si non, on les remplace et on essaie de trouver la meilleure manière de mélanger la voix de la description avec le son du film. »

A qui s’adresse une oeuvre en audiodescription ?

L’idée reçue est de ne penser que l’audiodescription ne s’adresse qu’aux personnes en déficience visuelle, c’est à dire malvoyantes ou non-voyantes.

Mais c’est faux ! « Tout le monde peut regarder un film en audiodescription, c’est un moment unique. Toutes les personnes qui ont essayé nous ont dit qu’ils avaient vécu une superbe expérience et qu’ils avaient perçu le film différemment, que ça l’avait complété », concluent fièrement Marie et Delphine.

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