L’église Saint-Maurice-des-Champs

La construction puis l’embellissement de l’église Saint-Maurice-des-Champs reflète la volonté des notables du quartier de s’émanciper de sa voisine Fives et d’affirmer son identité au sein de la commune de Lille.

Eglise Saint-Maurice-des-Champs, Archives municipales de Lille, 7Fi 802

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Texte audio : l'église Saint-Maurice-des-Champs

Devinette

Une rose décore cette façade : où se trouve-t-elle ?

  • La rose se trouve sur la façade de l’église au-dessus du porche d’entrée.

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Une querelle de clochers

Au début du 19e siècle, Fives et Saint-Maurice sont une seule et même commune, en dehors des remparts de la Ville de Lille. L’arrivée du chemin de fer à Fives, au Mont-de-terre, bouleverse non seulement la physionomie rurale du faubourg mais rompt également un fragile équilibre. Les tensions culminent entre 1850 et 1858, période pendant laquelle le conseil municipal vote à plusieurs reprises la création d’équipements pour la partie fivoise. Les habitants de Saint-Maurice se sentent délaissés, sans éclairage public, sans école, sans crèche et maternelle, sans caserne de pompiers et gare. La volonté de construire une église plus grande – la future église Notre-Dame de Fives – jugée trop éloignée pour les habitants de Saint-Maurice est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ! Dix conseillers municipaux démissionnent.

Refusant ce déséquilibre, un comité se constitue autour de l’industriel Edouard Delecroix, composé de propriétaires, de médecins et d’industriels du textile et du sucre, afin de lever une souscription pour l’érection d’une église située à l’angle de la rue Saint-Gabriel et du Faubourg- de-Roubaix. Le terrain est offert par la famille de l’industriel Virnot-Lethierry, dont le château s’élevait rue du Faubourg-de-Roubaix. Une première souscription permet de rassembler 20 000 francs. Cette somme permet de lancer le gros œuvre et la première pierre est posée le 13 juin 1853. La construction de l’église est achevée en 1858 mais reste fermée jusqu’en1860. Il faut attendre le rattachement effectif de Saint-Maurice à Lille, suite aux décrets impériaux de 1858, pour qu’une paroisse soit créée et l’église ouverte au culte, avec comme premier curé l’abbé Firmin Malfait.

Une petite « cathédrale » pour un nouveau quartier

Les souscriptions successives ont permis de collecter en plusieurs phases plus de 100 000 francs. Les travaux ont été confiés à l’architecte lillois Charles Leroy (1816-1879). Il est alors connu pour avoir conduit, entre autres, le chantier de Saint-Martin de Roubaix en 1848. A Lille, on lui confiera aussi deux autres chantiers dans la même période, celui de Notre-Dame de Fives en 1852 et de la cathédrale Notre-Dame de la Treille à partir de 1858. Le point commun à toutes ses constructions ? Le style néogothique !

Contemporain de l’architecte Viollet-le-Duc, Charles Leroy est convaincu que le style du XIIIe siècle est le plus à même de faire rayonner un édifice religieux. Le plan de l’édifice est classique, en forme de croix latine, avec une nef principale, deux collatéraux, un transept et un chœur s’achevant sur trois absides.
A l’extérieur le décor est cantonné à la façade, en pierre de taille alors que tout le reste de l’édifice est en briques. Elle est rythmée par un jeu de pilastres qui distingue le portail central, donnant sur la nef, des portails latéraux correspondant aux collatéraux. Voussures, colonnettes, lancettes sont empruntées au vocabulaire médiéval. L’église n’a pas encore de clocher.

En 1876, la population de Saint-Maurice s’élève à 6000 habitants, rendant l’agrandissement de l’édifice nécessaire. Il est financé par une nouvelle souscription publique et la participation du conseil municipal. Les travaux sont confiés à l’architecte Carlos Batteur (1844-1914). Le chœur et le transept sont surélevés de trois mètres, le nombre des chapelles latérales passe de trois à cinq. Les travaux reprennent de 1885 – 1889 avec la construction du clocher par l’architecte Boudin, l’ajout de la statue de Saint-Maurice au-dessus du portail principal, le ravalement de la façade occidentale.

Le décor intérieur

L’édifice se pare d’un cycle narratif très riche grâce à ses vitraux, véritables livres d’images. Le vitrail de la façade occidentale côté nord est réalisé en 1857 par Charles Gaudelet (1817-1870) sur un carton de Bruno Chérier (1817-1880). Il représente le baptême du Christ. Les vitraux de la façade et de la rose ont été offerts par les deux familles donatrices, Delecroix et Van der Cruysse, comme le montrent les armoiries portées par les deux anges sous la rose.

De 1878 à 1884, le peintre verrier Charles Levêque réalise les verrières du chœur, des chapelles latérales et des bras du transept. Ces derniers sont décorés de deux grands cycles sur La vie et l’assomption de la Vierge, et La vie et le triomphe du Christ.

Dans la chapelle Saint-Maurice, deux vitraux sont consacrés à la vie du saint avec Saint Maurice conduit au supplice et Le martyre de Saint Maurice. La légende raconte que la légion des Thébéens, dont il était l’un des commandants, fut appelée d’Orient par l’empereur Maximien (286-305) pour mater la révolte des Gaules. Mais certains refusèrent de tuer des chrétiens et furent exécutés pour rébellion, dont leur chef Maurice.

L’ensemble des vitraux a fait l’objet d’une restauration entre 2002 et 2004 par l’atelier Pierre Brouard.
Un grand christ en croix dit du Dieu de Marcq daté du XVIIe siècle est aujourd’hui placé dans le choeur. Il provient d’une chapelle érigée après 1667, pour servir d’ossuaire aux soldats morts durant le siège de Lille pendant la guerre de Dévolution. Son nom est lié au fait qu’elle se trouvait sur la route de Marcq. Elle est détruite pendant la Révolution, puis reconstruite sous la forme d’un calvaire en 1853 par Louis Salomon, propriétaire d’une briqueterie à Fives.

En mars 1901, le maire de Lille Gustave Delory ordonne la destruction du bâtiment, déclenchant une querelle religieuse. Il est assigné au tribunal et condamné à reconstruire l’édifice, dont la mairie devient propriétaire suite au vote de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce calvaire est toujours en place à l’angle de la rue de la Louvière et de la rue du Ballon.

Le christ en croix, également détruit en 1793, est conservé en morceaux chez certaines familles du quartier dont les Vandame-Lesaffre. Il est restauré par l’atelier Buisine et déposé dans l’église le 1er décembre 1901. Il est aujourd’hui présenté avec deux anges à ses côtés, provenant de l’ancien maître-autel néogothique aujourd’hui disparu.

Sources

- Chanoine D. Delrue, Monographie de Saint-Maurice-des-Champs, imp. Lefebvre-Ducrocq, Lille, 1904
- lvc-st-maurice-pellevoisin-internet.pdf par le service Ville d’art et d’histoire de la Ville de Lille, 2014
- Calvaire du Dieu-de-Marcq – CHAPELLES & CO.

  • Charles Levêque, Vie et l’assomption de la Vierge, vitrail du transept nord 1878-1884, église Saint-Maurice-des-Champs, 2025 © Guilhem Fouques/ DICOM – Ville de Lille
  • Charles Levêque, Arrestation de Saint-Maurice, vitrail de la chapelle latérale sud 1878-1884, église Saint-Maurice-des-Champs, 2025 © Guilhem Fouques/ DICOM – Ville de Lille
  • Charles Levêque, Le martyre de Saint-Maurice, vitrail de la chapelle latérale sud 1878-1884, église Saint-Maurice-des-Champs, 2025 © Guilhem Fouques/ DICOM – Ville de Lille
  • Compagnie des vitraux d’Art Sainte Anne de Bruxelles, Ex-Voto au Sacré Cœur, vitrail de la chapelle latérale nord vers 1921-1924, église Saint-Maurice-des-Champs, 2025 © Guilhem Fouques/ DICOM – Ville de Lille
  • Vue de la nef vers l’autel, église Saint-Maurice-des-Champs, 2025 © Guilhem Fouques/ DICOM – Ville de Lille

Traductions

Anglais

Saint-Maurice-des-Champs Church

This church's construction began in June 1853, when Saint-Maurice was still known as the 'Faubourg Saint-Maurice-des-Champs'. Its construction was funded through individual donations. It first welcomed worshippers in 1860, and was extended in the late 1870s.
Its architect was Charles Leroy. He was famous in Lille for building the Notre-Dame-de-la-Treille Cathedral.
This building's façade has been made with bricks. However, they are not visible and have instead been covered with stone decoration, known as cladding. Here, we refer to the 'neo-Gothic' style, as Leroy was inspired by the Gothic cathedrals of the Middle Ages.
Between 2003–2004, the church was fully renovated by the City of Lille and the parish.

Question: A rose decorates this façade – where is it?

The rose window is located on the church façade above the entrance porch.

Néerlandais

De kerk Saint-Maurice-des-Champs
Deze kerk werd gebouwd vanaf juni 1853, toen Saint-Maurice nog het dorp Saint- Maurice-des-Champs was. De bouw werd gefinancierd dankzij giften van particulieren. Deze kerk werd geopend voor diensten in 1860 en uitgebreid aan het einde van de jaren 1870.
De architect is Charles Leroy. Hij is beroemd in Lille vanwege de bouw van de kathedraal Notre-Dame de-la-Treille.
De voorgevel hiervan is van baksteen. Maar de bakstenen zijn niet zichtbaar omdat ze bedekt zijn met een stenen versiering, die parement wordt genoemd. Deze stijl wordt neogotisch genoemd omdat Leroy zich liet inspireren door de gotische kathedralen uit de middeleeuwen.
In 2003-2004 is de kerk volledig gerestaureerd door de Stad Lille en de parochie.

Vraag: Een roos versiert deze voorgevel. Waar is deze roos?

Het roosvenster bevindt zich in de gevel van de kerk, boven de ingangsportiek.

Situer l'église Saint-Maurice des Champs

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