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Petite main au service des géants
Elle a habillé 150 personnages, attachée à l’aventure humaine engendrée par la fabrication de ces géants. Rencontre avec Nicole Cugny, « petite main » talentueuse au service d’une création XXXXXL !
Elle entre dans l’univers des géants et géantes au début des années 1990, au hasard d’une amitié commune. « Ma maman était couturière et m’avait transmis quelques notions, et j’appartenais à une troupe de théâtre pour laquelle je confectionnais des costumes », raconte Nicole Cugny.
« Avec ma petite expérience, je me suis lancée dans la réalisation de mon premier habit gigantesque. » Il était destiné à une géante, puisqu’il s’agissait de Marianne, créée en 1992 par Stéphane Deleurence, artiste plasticien, pour le bicentenaire de la République. Depuis la jupe rouge de cette figure de la liberté, haute de 4 mètres, Nicole en a cousu des kilos de tissu ! « Pour environ 150 personnages », estime-t-elle. Toujours une même méthode.
Des recherches permettent de définir ce que sera le costume, souvent en rapport avec une fonction, un métier, un fait historique, ou quelquefois totalement inventé. Des croquis, sur du papier millimétré, sont élaborés par la main de Stéphane, pour évaluer la quantité d’étoffe qui sera nécessaire. Grâce à un patron, le prototype est créé directement sur la structure, ce que Nicole appelle « faire une toile », avant de découper dans le tissu.
Du velours, du vert, de l'adhésif...
Et, bien sûr, l’achat des textiles, de plus en plus difficiles à trouver, s'accordent à dire les deux passionnés : « Dans un monde de plus en plus standardisé, on perd en diversité et en qualité, comme pour le beau velours, par exemple, ou alors le coût est élevé. » Parfois aussi, une exigence donne du fil à retordre, comme pour l’uniforme du géant Henri le Douanier. « Pour respecter l’époque Empire, il fallait une couleur verte très spécifique, compliquée à dénicher ! », se souvient Nicole.
Et, quand les robes, pantalons ou autres vestes sont prêts à prendre forme, ils demandent tellement de mètres de tissu que c’est la machine à coudre qui se déplace ! Autre contrainte à prendre en compte : pour être habillé, le géant… ne bouge pas. « Il ne lève pas les bras et ne plie pas les jambes, il faut donc réfléchir, en amont, pour imaginer des systèmes de fixation adhésive », s’amuse Stéphane. « Et plus le géant est grand, plus le tissu doit être épais pour avoir un beau tombé », ajoute Nicole.
En plus des vêtements, la costumière ne compte plus les sacs, ceintures, gants, chaussettes mais aussi barbes, sourcils ou cheveux qu’elle a confectionnés. « Nous avons toujours une même méthode mais tout habillement est une expérimentation nouvelle à chaque fois ! »
● PAR VALÉRIE PFAHL
