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Rencontre avec un faiseur de géants
Depuis 25 ans, Dorian Demarcq est un faiseur de géants. Rencontre dans son atelier.
Dorian Demarcq est un faiseur de géants. Il les invente, les conçoit et les restaure aussi. Mais pas tout seul ! Avant de se mettre au travail, chaque projet commence par une rencontre et des échanges avec les commanditaires que sont les villes, les associations ou les collectifs, afin de déterminer ce qu’ils veulent raconter et mettre en avant.
« Je réalise d’abord un dessin du futur géant pour arriver à un projet qui convienne à tout le monde. Il sera ma ligne directrice jusqu’au bout. » Il n’y a pas d’école pour faire des géants. C’est en 1999, diplômé de l’École supérieure d’art appliqué de Roubaix, qu’il rencontre Stéphane Deleurence, artiste plasticien spécialiste des « colosses ». À ses côtés, il participe à la renaissance de Lydéric et Phinaert, détruits lors d’un incendie.
Naîtront de son imagination Narcisse, le Cordéonneux, Bébécamoule et des dizaines d’autres. Il n’existe pas non plus de moule à géant. Chacun est unique. Seuls varient la taille (de 2 à plus de 9 mètres de haut) et le poids (de 20 kg à 300 kg), mais tous racontent une histoire, un personnage, un fait historique ou un métier.
Artiste aux multiples casquettes
Ce jour-là, dans son atelier, le futur géant de Douvrin prend vie. Il n’est pour l’instant qu’une énorme boule de glaise dans laquelle Dorian sculpte le visage et les expressions du bonhomme. Le moulage de la tête sera ensuite recouvert de nombreuses couches de papier. « L’étape délicate est d’enlever la terre de l’intérieur quand le papier est sec ! » Le sculpteur-modeleur deviendra alors peintre pour donner couleurs et émotions au visage.
Entre-temps, Dorian aura enfilé sa casquette de vannier. Le squelette du géant est réalisé de bois et d’osier produits dans la région. Les brins tressés entre eux forment le « panier », solide et léger, qui dissimulera les porteurs. La touche finale sera donnée par Nicole, couturière et complice. L’artiste revendique l’usage du bois, de l’osier, du papier, loin des résines des années 80 qui se désagrègent. « Même s’il n’y a pas de règles, ni de charte précise pour construire un géant, les reuzes de Cassel ont deux siècles. Ces matériaux ont fait leurs preuves ! »
Pour lui, le géant est important, les techniques de réalisation aussi. Mais ce qui l’est tout autant est le devenir de cet objet : « C’est la vraie question. Certains sont à l’abri, stockés comme dans un musée. On pense qu’on leur porte une attention mais ce n’est pas leur vocation. Les géants sont vivants, faits pour danser dans les rues, pour rassembler les gens et s’amuser avec eux. Ils sont un prétexte à faire la fête ! »
● PAR SABINE DUEZ
