Restauration du Monument au pigeon

Le Monument au pigeon voyageur, à l'entrée de la Citadelle, se refait une beauté. Voici son histoire et les infos pratiques.

Rénovation en vue pour le monument aux pigeons de Lille.

Le Monument au pigeon voyageur, situé à l'entrée de la Citadelle et de Cita Parc, et à une centaine de mètres du zoo, est exposé aux aléas climatiques et à la pollution urbaine. Afin de maintenir en état ce patrimoine accessible au public, il est important d'effectuer une restauration curative.

Calendrier des travaux

  • 16 octobre : début de la restauration, avec un traitement au biocide
  • Phase 2 (en 2 étapes successives entre le 16 octobre et le 3 novembre) : nettoyage général et mécanique, purge des joints et rejointoiement
  • 3 novembre : fin des travaux, retrait des grilles de protection.

Les secrets d’une restauration

Photo 1  monument pigeon

« C’est le premier monument sur lequel j’ai travaillé à la fin de mes études de restauratrice. J’y suis particulièrement attachée et pourtant, habituellement, les pigeons ne sont pas mes amis ! », sourit Sophie-Jeanne Vidal de l’Atelier Rouge-Gorge. 

Elle intervient depuis près de vingt ans sur les monuments de la Ville. La municipalité, pour maintenir ce patrimoine en état, renforce la conservation préventive.

« L’intervention est classique, mais il y a du travail ! C’est un monument imposant avec ses 8 mètres de haut et 4 mètres de profondeur. »

La dernière restauration remontait à 2008. Depuis, les salissures et les micro-organismes se sont accumulés sur la pierre, favorisés notamment par la proximité des arbres (voir photo ci-dessous : avant/après). 

Première étape : l’application d’un traitement biocide trois semaines avant l’intervention. 

Ensuite, place au nettoyage. Le geste exige précision et mesure. Une poudre très fine à base de silicate d’alumine, dont les particules mesurent environ 29 microns, est projetée à une pression comprise entre 2 et 3 bars. « On le fait de manière très mesurée. C’est comme ça qu’on enlève la crasse », explique la restauratrice.

L’objectif n’est pas de rendre la pierre artificiellement neuve, mais de retrouver sa lisibilité sans effacer ses particularités. Le calcaire de Bourgogne, reconnaissable à ses nuances rosées et à ses microfossiles, doit conserver son apparence naturelle. « Il ne faut pas le recouvrir d’une patine, comme je le fais fréquemment sur d’autres monuments lillois, sinon on perdrait cet aspect. Ça le dénaturerait. »

Une fois le nettoyage terminé, Sophie-Jeanne, accompagnée de Fabrice, s’attaque à la reprise des joints, une étape tout aussi importante pour le rendu final du monument.  

La restauratrice utilise habituellement des joints dits « beurrés », dont le mortier vient affleurer la surface de la pierre. Ici, le choix se porte sur des joints « frettés » : le mortier est légèrement rentré dans les interstices afin de rendre les joints aussi discrets que possible. En l’absence de patine, cette finition permet de préserver la continuité visuelle de la pierre.

Derrière ces gestes techniques, une même exigence : intervenir juste ce qu’il faut pour entretenir le monument, sans en altérer l’apparence. 

photo 2 monument pigeon

Un peu d'histoire...

Première Guerre mondiale : Lille occupée

La ville est occupée par les Allemands durant la Première Guerre mondiale. La population lilloise vit des heures très difficiles. Après-guerre, la municipalité rend hommage aux civils comme aux militaires en érigeant plusieurs monuments dans différents quartiers. L’entrée de la citadelle accueille ainsi le Mémorial au Pigeon voyageur, régulièrement appelé "Monument aux pigeons voyageurs".

Haut de sept mètres

La statue de femme vêtue à l’antique figure la Paix. Son corps est encadré de pigeons. Au centre du bouclier, symbole de la défense française, se trouve un modeste pigeon. Le bouclier écrase un serpent, figure du Mal et de la Guerre vaincus. Sur le socle, deux bas-reliefs montrent à gauche des Poilus dans les tranchées envoyant un message par l'intermédiaire d’un pigeon ; à droite, les victimes de la guerre.

Sur les côtés de la colonne sont gravés les noms des grands champs de bataille où les pigeons se sont distingués. Haut de sept mètres, le Mémorial est érigé à l’initiative de la Fédération nationale des sociétés colombophiles.

Une première en France

Dédier un monument à des animaux ayant fait la guerre est une première en France, accomplie à Lille en 1936. Il évoque le rôle déterminant des pigeons, derniers à pouvoir transmettre des messages quand toutes les lignes de communication sont coupées. Il rend également hommage aux colombophiles fusillés par l’ennemi pour avoir détenu des pigeons voyageurs.

Sa réalisation est confiée au sculpteur nordiste Alexandre Descatoire (Douai, 1874 - Marquette-lez-Lille, 1949). Celui-ci a étudié à l'école des Beaux-Arts de Douai, puis à l'École nationale des beaux-arts de Paris où il obtint en 1902 le Premier second prix de Rome. Devenu membre de l'Académie des beaux-arts en 1939, il est également l’auteur des monuments aux morts de Roubaix et de Douai, et du monument à Gustave Dron de Tourcoing.

Le monument s’inscrit dans un parcours dédié à la mémoire des Lillois pendant la Première Guerre mondiale. Ce parcours traverse divers quartiers et met en scène plusieurs grandes figures : Léon Trulin (statue initialement avenue du Peuple belge, désormais près de l’Opéra), Monument aux morts place Rihour, monument aux victimes des 18 Ponts rue de Douai, et aux abords de la Citadelle.

> Plus d'infos : Direction du patrimoine culturel et culture en ville, 03 20 49 55 20.


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