Dons d'organes : "entre proches, on se le dit"

Le 22 juin se tient la Journée nationale de réflexion sur le don d’organes, la greffe et la reconnaissance aux donneurs. Occasion de rappeler que la Ville de Lille s’est engagée en signant la charte des villes ambassadrices du don d’organes.

 

Lors de la signature de la charte "ville ambassadrice du don d'organes" en juin 2025. @TLP

Cette journée du 22 juin est l’occasion de rendre hommage aux donneurs et à leurs familles, dont la générosité permet chaque année de sauver ou d’améliorer des milliers de vies. En 2025, 1590 donneurs ont ainsi permis des milliers de transplantations en France.

Chaque jour, dans l’hexagone, entre deux et trois personnes décèdent faute d’avoir pu bénéficier d’une greffe à temps. Plus de 30 000 personnes vivent aujourd’hui dans l’attente d’un organe, d'une greffe de tissus ou d'une transplantation.

Un enjeu vital

Le CHU de Lille est le premier centre préleveur d’organes de France, avec une cinquantaine d’interventions par an.

Le docteur Strecker, anesthésiste-réanimateur, coordonne cette activité afin de garantir qu’un prélèvement puisse être réalisé 24 heures sur 24, 365 jours par an.

« Pour pouvoir prélever un organe sur un patient, il doit être en état de mort encéphalique, c’est-à-dire que le cerveau s’est arrêté de fonctionner, mais que les organes sont maintenus fonctionnels pendant encore 24 à 48 heures », explique-t-il. 

« Cette situation n’est possible qu’en milieu hospitalier, essentiellement lors d’un accident vasculaire cérébral ou d’un décès brutal ». C’est pendant cette durée limitée que les organes peuvent être prélevés pour être ensuite greffés chez une personne qui en a un besoin vital. 

Communiquer !

La Ville de Lille a signé la charte "ville ambassadrice du don d'organes" en juin 2025. Comme plus de 1000 autres collectivités, près de 150 hôpitaux et pharmacies, et une centaine d’entreprises, elle s’engage à favoriser la communication autour de ce sujet, en lien avec le Collectif Greffes+ et le CHU de Lille.

Elle a commencé les sensibilisations dans les différents quartiers, via les commissions santé et les pôles ressources santé. Mission, ensuite, des professionnels qui les composent : partager l’information avec les habitants.

Elle a installé une première plaque sur la Maison des Solidarités avec l’idée d’inciter les citoyens à lancer la discussion avec ses proches. 

Car le message porté par l’ensemble des acteurs est simple : « entre proches, on se le dit. » Ce slogan rappelle que l’essentiel n’est pas d’être pour ou contre le don d’organes, mais de faire connaître sa volonté à sa famille.

Quant au ruban vert, symbole national du don d’organes et de la greffe, il accompagne cette mobilisation et permet d’identifier les initiatives de sensibilisation menées partout en France.

Ce que dit la loi

 La loi prévoit que tout le monde est donneur, sauf refus exprimé de son vivant. Un registre existe pour cela mais peu de gens en ont connaissance et l’utilisent. 

« La façon la plus courante de dire oui ou non, c’est d’en parler avec ses proches », remarque le docteur Strecker, « or, une famille confrontée à une mort brutale préfère souvent dire non quand elle ne connaît pas la volonté du défunt ». 

Cette situation contribue à l’augmentation du taux de refus observé au CHU de Lille, passé de 29 % en 2019 à 55 % en 2024. Malgré une adhésion majoritaire au principe du don d’organes, le refus reste donc un frein important à la réalisation des greffes.

Halte aux idées reçues

« Et beaucoup d’idées reçues continuent aussi de circuler, liées à l’âge ou à la religion, par exemple », ajoute Éric Buleux-Osmann, toujours en vie aujourd’hui grâce à une greffe du foie, alors qu’il en urgence absolue, voilà dix ans. 

Rappelons que les prélèvements sont réalisés par des équipes médicales spécialement formées, dans les mêmes conditions de respect et de dignité que pour toute intervention chirurgicale. 

Et que l’âge ou l’état de santé n’empêchent pas un don. La plus ancienne défunte avait 96 ans lorsqu’elle a donné deux reins qui ont ainsi sauvé deux vies. Et un problème de cœur n’empêche pas de donner son foie, par exemple. 

Quant aux religions, elles se sont toutes prononcées pour faire ce qu’il fallait pour sauver une vie.

Favorables mais…

80% des Français sont favorables au don d’organes, mais moins d’un sur deux a fait part de son accord à ses proches, par manque des informations nécessaires. 

« Nous ne sommes pas là pour convaincre de donner mais bien d’exprimer sa volonté », insiste Éric Buleux-Osmann. Il a créé l’antenne régionale de l’association Transhépate, qui propose une oreille attentive et une aide aux malades sur la liste d’attente d’une transplantation d’un foie, et à leurs proches. Et il coordonne les « villes ambassadrices » dans les Hauts-de-France.

Au niveau régional, plusieurs associations (*) participent ensemble aux actions de sensibilisation, au développement des villes ambassadrices et à l’accompagnement des personnes greffées et de leurs familles.

Cette mobilisation collective porte un même message : parler de sa décision aujourd’hui peut permettre de sauver des vies demain.  Sur le sujet, Anne Goffard, adjointe au maire déléguée à la santé, conseille le livre de Maylis de Kerangal, "Réparer les vivants", qui raconte une histoire de don d'organes, et plus précisément d’une transplantation cardiaque, ainsi que le parcours de la famille. 

Par Valérie Pfahl

 

(*) Les associations engagées

ADOT 59

Cardiogreffes Hauts-de-France (coeur et poumons)

France Rein Nord-Pas-de-Calais

La Grande Échelle (accompagnement des mineurs greffés)

Diabète Recherche Greffe

Transhépate Hauts-de-France

L’association Cap ou pas Cap, créée par les parents de Capucine (jeune fille décédée brutalement qui a pu sauver 7 vies grâce à son positionnement sur le don d’organes)

 

 



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